jeudi 16 juillet 2009

Contradiction ?

J'ai longtemps eu l'impression de fuir l'émigration des Canadiens français aux États-Unis dans mes recherches historiques, mais maintenant que je crois avoir quelques idées originales à proposer sur le sujet, j'y reviens au galop.

Le recueil d'articles publié en 2001 par Paul K. Longmore et Lauri Umansky, The New Disability History: American Perspectives, fut la source de cette inspiration nouvelle qui croise l'émigration des Acadiennes et des Acadiens aux États-Unis avec les accidents au travail. Le travail de dépouillement effectué par les étudiantes et les étudiants que j'ai eu la chance d'embaucher au cours des quatre dernières années a confirmé la pertinence de croiser l'histoire des accidents au travail, l'émigration aux États-Unis et les apports conceptuels de la new disability history.

À l'origine, à la frontière et à la destination, il est en effet nécessaire d'examiner l'expérience des migrants durant l'industrialisation de la perspective offerte par le « corps » en mouvement car c'est elle qui, selon moi, renseigne le mieux sur les stratégies d'adaptation et l'identité individuelle et collective des protagonistes. L'attrait principal de cette perspective réside toutefois dans la possibilité de poser les résultats d'enquête au centre du continuum incarné dans la « guerre à la dépendance ». À quoi bon mener une étude sur l'histoire des « Chinois de l'Est » si ce repère mémoriel puissant de l'ère progressiste n'ébranle pas quelques idées reçues du passé américain ?

dimanche 31 août 2008

Encore la langue...

Une formation poussée en histoire des États-Unis doit obligatoirement passer par la rédaction de textes en langue anglaise. Pour survivre et, peut-être, rayonner dans le domaine, cette considération de l'engagement professionnel me semble indispensable. Mais parmi les francophones qui font partie des américanistes de ce monde, combien peuvent publier leurs travaux en langue anglaise ?

Pause réflexion...

Je ne réfère pas aux communications présentées lors de colloques que nous soumettons à l'avance aux commentateurs de nos séances, ni aux articles publiés dans des revues ou des recueils d'études. Le défi sous-entendu de la question est celui du livre (pas celui qu'on fait traduire, bien entendu).

À ce stade-ci de ma carrière, j'ai rédigé plusieurs textes en langue anglaise pour des conférences, mais encore très peu pour des revues. L'expérience des dix dernières années me donne toutefois l'occasion de voir avec enthousiasme mon futur immédiat. Je ne ferai pas ici le bilan de mes efforts de rédaction en langue anglaise; il suffit de souligner que j'ai eu recours à des lecteurs/correcteurs pendant plus de dix ans, durant et après mes études doctorales. Je me passe aujourd'hui de leur collaboration principalement parce que je termine mes textes à la dernière minute; mais aussi, j'aime le croire, parce que mes textes en langue anglaise sont acceptables pour le lecteur universitaire états-unien. À toutes les fois que je termine la lecture d'un ouvrage important en histoire des États-Unis (notamment sur le plan du vocabulaire), j'effectue pourtant un retour obligé à une réalité pesante : pourrais-je un jour présenter le résultat de mes recherches à une maison d'édition aux États-Unis ? Si je me fie à la pensée insérée dans le dernier biscuit chinois que j'ai consommé pour me consoler (« Votre persévérance portera bientôt fruit »), il faut croire que mon premier livre en langue anglaise sur l'histoire des États-Unis est au four. En ce qui concerne le temps de cuisson, il faudra repasser.

La lutte acharnée que je livre à la langue anglaise dans l'exercice de mon métier serait insignifiante si elle n'engendrait pas de leçons durables. L'une d'elles concerne la formation de mes étudiants diplômés. L'encadrement que je leur offre en histoire des États-Unis, sur le plan méthodologique et conceptuel, a en effet besoin d'inclure quelques conseils pratiques sur la diffusion des travaux en langue anglaise. C'est sans doute demander beaucoup aux étudiantes et aux étudiants de deuxième cycle; mais élargir le cadre d'une formation universitaire en histoire des États-Unis pour faire une place à la langue anglaise - si elle n'y occupe pas déjà une place prépondérante - assure une réflexion sérieuse sur la nature d'un engagement professionnel avant la transition vers le doctorat.

Je vous laisse sur la seule idée qui vient à l'esprit : « Separate, but equal ».

Pause réflexion...